Le programme JEREMIE : pour une approche à l'échelle humaine de la politique de cohésion européenne

Écrit le 19 Novembre 2018

En ces temps difficiles de contractions budgétaires, sous fond de crise migratoire et démocratique, l’Europe semble plus que jamais s’éloigner de ses citoyens. Si c’est en grande partie une triste réalité, ce serait lui faire un demi procès de ne pas citer sa politique de cohésion. En effet, nous verrons dans ce bref article comment les entrepreneurs ou simplement tous les citoyens peuvent revendiquer des fonds européens pour l’accomplissement de leurs projets.

Schéma du financement de l'Union européenne via la Banque d'investissement européenne (BIE) (Source)

Dans le méandre de la politique de cohésion européenne

La politique de cohésion repose principalement sur le recours aux fonds structurels et d’investissement européens : le fonds européen de développement régional (FEDER), le fonds social européen (FSE), le fonds de cohésion, le fonds européen agricole pour le développement rural et le fonds européen pour les affaires maritimes et la pêche. En acheminant les fonds vers les zones et les secteurs où ils seront le plus utiles, la politique de cohésion vise à réduire les importantes disparités économiques, sociales et territoriales qui persistent entre les régions européennes. En tant que banque de l’UE, la banque européenne d’investissement cofinance souvent des projets parallèlement à des fonds de l’UE et contribue à attirer d’autres investisseurs afin de maximiser l’impact de ses financements. Notamment, via des programmes comme JEREMIE qui servent à mettre en lien des entrepreneurs avec des fonds européens dans les différents États membres.

Pour plus d’informations sur le fonctionnement et les enjeux de la politique de cohésion européenne, le lecteur peut se référer à l’article intitulé La politique de cohésion européenne : entre nécessité de réforme et changement de paradigme publié sur le site internet Eyes on Europe

Le projet JEREMIE, pour une efficience de l’octroi des fonds européens

JEREMIE (Joint European Resources for Micro to Medium Enterprises) est une initiative conjointe mise en place en 2007 par la Commission européenne en collaboration avec le groupe de la banque européenne d’investissement et d’autres institutions financières afin de renforcer la cohésion au sein de l’UE. L’instrument JEREMIE a été créé pour déployer une partie des fonds structurels de l’UE alloués aux autorités de gestion régionales et nationales par le biais de nouvelles initiatives de financement des risques pour les PME.

JEREMIE offre aux États membres de l’UE, par l’intermédiaire de leurs autorités de gestion nationales ou régionales, la possibilité d’utiliser une partie de leurs fonds structurels de l’UE pour financer les PME de manière plus efficace et durable. Les ressources financières de JEREMIE sont déployées via des intermédiaires financiers sélectionnés dans l’ensemble de l’UE, qui ont fourni des prêts, des fonds propres et des garanties aux PME. En outre, compte tenu de la nature renouvelable des instruments financiers, Les États membres et les régions ont confié la gestion des flux générés par les investissements initiaux dans JEREMIE. En conséquence, le FEI redéployera ces fonds traditionnels sur les marchés respectifs par le biais d’instruments financiers existants et nouveaux visant à soutenir l’accès des PME au financement.

Et concrètement ?

Nous allons voir ici quelques exemples concrets où le programme JEREMIE rentre en compte, notamment sur des entreprises ou des projets dit à capital à risques, c’est-à-dire pour des entités économiques n’étant pas encore cotées ou n’ayant pas encore trouvé leur point d’équilibre.

C’est par exemple, le cas du projet Welcome Pickups : crafting your destination. Il s’agit d’une société basée à Athènes qui vise à mettre en valeur les connaissances locales, lors de voyages organisés. Le service est centré entre les fournisseurs locaux et le voyageur. À ses débuts, le projet s’est tourné vers openfund, un fond de capital à risques financé par le fonds européen d’investissement (FEI). Un an après l’octroi de ce fonds, l’entreprise a augmenté son activité de 300 pourcents, en étendant ses activités à 12 destinations en Europe. On pourrait aussi citer, Blair Clark, un jeune étudiant qui a pu bénéficier d’un prêt pour effectuer son Master en Droit et Sécurité Internationale au Danemark. En effet, grâce aux financements du FEI en matière de prêt Erasmus et Master, il devient plus aisé pour les étudiants de peaufiner leur formation dans un pays étranger. On voit que dans les deux cas, le programme JEREMIE a donc servi d’intermédiaire et de facilateur entre des fonds bénéficiant de la politique de cohésion européenne et des entrepreneurs voulant lancer leurs projets.

Pour ce qui concerne les conditions d’éligibilité, tous les acteurs peu importe leur taille et leur secteur ont accès aux fonds européens. La décision de fournir un financement de l’UE sera donc prise par les institutions financières locales telles que les banques, les sociétés de capital-risque ou les investisseurs providentiels. Grâce au soutien de l’UE, les institutions financières locales peuvent fournir un financement supplémentaire aux entreprises comme par exemple via le COSME Programme qui permet aux petites et moyenne entreprise d’effectuer des prêts à une hauteur de 150.000 euros ou encore Creative Europe qui décerne des prêts aux PME dans le secteur culturel et de la création.

Cet article n’a pas ici à vocation de donner un catalogue complet des différentes aides que l’Europe peut apporter à ces citoyens. L’idée étant de montrer que même si l’octroi de fonds reste ardu, notamment, pour les acteurs connaissant mal les rouages des institutions européennes, la démarche reste possible. Il en est certain que si nous voulons penser l’Europe de Demain, nous devrons le faire en termes de liens directs que celle-ci peut tisser avec ces citoyens.

Pour plus d’informations

Politologue de formation, et juriste en formation, Thibault s'intéresse à toutes les questions traitant de la démocratie au sens large. La révolution citoyenne lui semble l’impératif maître pour répondre aux enjeux notre de époque.